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1889

Les suffragettes indignent la reine Victoria

Dans l’Empire britannique de la seconde moitié du XIXe siècle, c’est une reine, Victoria (1819-1901), qui gouverne l’Angleterre depuis des décennies. Pourtant, les femmes sont considérées comme des « citoyens de seconde classe ».

Qu’elles soient riches ou pauvres, paysannes ou bourgeoises, ouvrières ou nobles, les femmes n’ont pas davantage de droits qu’un criminel, qu’un enfant ou même qu’un malade mental. À métier équivalent, elles gagnent le tiers de ce que gagne un homme et n’ont pas accès à l’éducation. La femme mariée ? Elle ne s’appartient pas, « son identité est subordonnée à celle de son mari ».

Cette conception rétrograde de la femme, certaines vont tenter, à n’importe quel prix, de la faire évoluer. Elles sont persuadées cela passe par le droit de vote. Les revendications des premières suffragettes indignent la reine Victoria qui leur lance alors cet appel pathétique :

« La reine fait appel à toutes celles qui peuvent prendre la parole ou écrire et les adjure de s’unir pour enrayer ce Mouvement des droits de la femme, pervers et fou, avec toutes les horreurs qu’il entraîne et qui aveugle les pauvres êtres de son sexe, qui en oublient le sens de la féminité et des convenances. Ce sujet irrite à ce point la reine qu’elle peut à peine contrôler sa colère. »

Quand Victoria publie ces lignes, la Déclaration des droits de l’homme a 100 ans. La Révolution française a transformé les structures et influencé toute l’Europe, mais la simple demande par les femmes du droit de vote et du droit à l’instruction suscite une indignation horrifiée !

Au pays de la reine Victoria, la répression est impitoyable :

« De nombreuses femmes furent emprisonnées, condamnées au régime de droit commun et, quand elles déclenchèrent une grève de la faim, en 1906, le gouvernement britannique ordonna de les gaver de force, comme des oies. Rien de tel que la photo dans la presse de quelques suffragettes avec un tuyau dans le bec pour ridiculiser leur cause. »
— Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, 1975.

Gaver une suffragette de force

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